HUGO LIARD interview

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A quelque jour de la sortie de la nouvelle vidéo Antiz avec Hugo, voilà une rasade du Monsieur avant la Première.
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Quand on pense à Hugo, on pense à trois choses bien distinctes : les rails, Lyon et Antiz. Le gars, lui, est plus difficile à cerner. Son style hurle quelque chose que le ton de la voix contredit. Une voix posée qui, à son tour, dissimule parfaitement un caractère en acier bien trempé… Comme les rails qu’il aime skater. Par Fabrice Le Mao

(Une Interview à retrouver en photos dans Thrasher 04, Juillet Aout 2006)

Antiz, c’est quoi ? C’est qui ?
On a démarré ça avec Julian Dykmans, Julien Bachelier et Loïc Benoît. On s’est associés à quatre à parts égales pour lancer ça. Gégé (Daclin) m’avait dit : « Tu devrais te lancer et faire un truc qui corresponde à ton style, à ton image. » C’est ce qu’on a fait. Antiz a trois ans maintenant. On fait des boards, des roues et des accessoires, tout le nécessaire pour skater, mis à part les trucks.

Vous faites fabriquer où ?
Chez ABC, la boîte de Jim Gray.

L’anti « Made in China » par excellence…
Ouais. Il nous a bien fait délirer quand on est allés le voir. On a ridé avec lui et plein de vieux gars dans les nouveaux parks en béton et les pools. C’était bien cool.

Pourquoi avoir lancé une marque de boards ? Qu’est-ce qui vous a motivé ?
Ben, on voulait faire un truc qui serait utile aux skateurs. Un truc qui ferait avancer le skate en France. Nous, les skateurs européens, on vit des sponsors, des démos et des compètes. C’est difficile pour un skateur sponso en France ou en Europe de vivre correctement. T’as plutôt l’impression d’être exploité que de vraiment participer à quelque chose. Dans ce cas-là, un sponsor plus proche de lui est une bonne alternative. On a créé Antiz pour faire vivre des skateurs. En plus, on défend certaines valeurs… J’ai commencé le skate vers la fin des années 80. À cette époque, le skate n’était pas comme aujourd’hui. Certaines valeurs se sont perdues. Alors, je ne dis pas qu’avec Antiz, on va remettre de l’ordre dans tout ça. Mais en commençant par le fameux : « Fait par des skateurs, pour des skateurs », on est sur la bonne voie pour éviter que parmi tous ceux qui gravitent autour du business du skate, il y ait trop de gens qui n’ont rien à y faire.

En parlant du business, ça marche ? Vous êtes contents, toi et tes associés ?
C’est dur par rapport aux grosses marques.

C’est qui les grosses marques pour toi ?
Toutes les marques américaines pour commencer et ensuite Cliché et d’autres qui sont déjà installées au niveau européen.

Quotidiennement comment ça se passe ?

Ben, je vais au « bureau » tous les jours. Pour voir comment faire avancer la machine. Il y a toujours quelque chose à faire, quelque chose en cours. Je me suis mis au graphisme tout seul, il y a trois ou quatre ans. J’apprends tout seul, sur le tas. C’est difficile, mais j’adore bidouiller dans mon coin. Alors, je n’ai vraiment pas l’impression d’être un « businessman » ou un « chef d’entreprise ». Moi, si tu veux, je suis pratiquement RMIste. Tout ce qu’on gagne, on le reverse dans la boîte. On s’investit à 100 %, tout le temps.

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Tu disais tout à l’heure que tu as commencé le skate à la fin des années 80 ; refais-nous un petit flash-back, vite fait.
J’habitais dans un village près de Bar-Le-Duc. J’avais commencé le skate parce qu’un gars dans le village en faisait aussi. C’était le truc marrant que je faisais comme un passe-temps. J’ai arrêté pendant une certaine période à cause d’un déménagement, puis j’ai repris quand on a redéménagé près d’Evian Le Lac. À ce moment, je me suis rapproché de toute la clique de Thonon-Les-Bains et surtout de Titus et Julien Rosay. On était les 3 J.

Euh…

Jitus, Julien et Jugo !

Évidemment ! (rires)
(Rires) On faisait du skate à fond. Tout le temps ! C’est ma meilleure période. En plus, je commençais à avoir des shoes et des boards gratuites ou quasiment chez Macadam. J’avais de bonnes réductions sur le matos que je skatais un peu et que je revendais un bon prix comme ça je pouvais me racheter une board neuve sans rien dépenser.

C’est le moment où tu t’es dit que tu devrais essayer de voir où le skate pourrait te mener ?

À peu près… Je crois que c’est quand j’ai bougé sur Lyon que le déclic s’est vraiment fait. Ça m’a fait un choc. Je n’ai jamais trop été le genre de gars à bouger vraiment. Je suis un peu le gars de ma cambrouse (rires). Non, sérieux ! J’ai commencé à bouger avec Titus et Julien. Titus était déjà allé aux States et tout. Alors, je leur disais : « Ouais, on va bouger ! Si on allait à… Nantes ! » (rires). Alors, on s’entassait dans la caisse de Titus et on allait rider à Nantes ou à Genève. Tu vois le genre de trip !

Tu ne vas pas nous faire croire que t’as fait que Nantes et Genève dans ta vie ?
Nan, quand même pas. Je suis peu à peu sorti de mon trou (rires). Mon premier gros, gros trip c’était aux US. J’ai passé un mois à Chicago en 99.

C’était ta première fois aux US ?

Oui. Et c’était LE choc. Même là-bas, tu te rends compte de l’impact historique. Tu vois des gars sortir du bureau à 17h en costard cravate, la board montée cruising sous les pieds. Ils rentrent comme ça chez eux. Tu sens vraiment que le skate vient de là-bas. C’est encore plus flagrant en Californie : l’univers du surf, du skate et de la bagnole. On a beau dire, c’est un sacré trip ! Tu vois plein de trucs grandeur nature que tu ne voyais qu’en tout petit dans un magazine ou en vidéo : ça change. Tu percutes sur plein de trucs sur les spots. Et ça remet les choses en perspectives.

Qu’est-ce que ça a changé dans ta vision du skate ?

Ben, on y repart en septembre. Cette fois-ci, on va aller en Oregon. On ira peut-être en Californie, mais notre objectif c’est les parks en béton de l’Oregon.

Tu dis ça et en même temps tu n’es pas réputé pour être un skateur de courbes…
Ben, c’est vrai que ce n’était pas le genre de spot où on me voyait beaucoup… Mais j’ai de plus en plus envie de skater des choses différentes. Je ne faisais pratiquement jamais de courbes quand j’ai commencé. Je suis arrivé sur la fin des mini-rampes. Alors sans dire que j’ai fait le tour des rails et du street parce qu’il y a toujours des choses à apprendre et d’autres trucs qui font plaisir, il y a d’autres aspects du skate que je pratique moins et donc qui me font plus envie. Mais, j’aime toujours les rails et le street. Et puis, c’est cool de dénicher de bons bowls ou des full pipes comme à Athènes. Quand on était aux US, on passait notre temps à découvrir des trucs super rads. Des bouts de béton qui faisaient des courbes, dans la rue. C’était terrible.

Qu’est-ce que tu retiens d’autres de ton dernier trip aux US ?

Le style amphétamine ! (rires) Non, sans déc’ ! Ils sont tous grands et baraqués. Les gamins de quatorze ans sont déjà plus grands que moi. Je ne sais pas si c’est pour cette raison qu’ils poussent les limites dans tous les sens, mais ça doit entrer en ligne de compte. Nous, on est plus petits et, d’une manière générale, plus techniques et on a une plus grande variété de spots au kilomètre carré. Et puis nos spots sont complètements différents ce qui a pour conséquence que nos styles également sont différents. Regarde Javier Mendizabal ! C’est le premier nom qui me vient à l’esprit, mais c’est un pur produit du skate espagnol. Il skate des courbes super rads à une vitesse folle et il fait des tricks super durs. Le ride européen est bien distinct du skate US.

Que signifient tes tatouages ?
Mes tatoos sont basés sur l’équilibre entre le bien le mal. Avec en toile de fond des images comme la femme et les anges ou les démons et les hommes. Les femmes sont très belles donc c’est cool d’avoir des femmes à poils sur la peau. J’aime cette idée de la femme embrassée par la mort. Ce sera mon prochain tatouage : The Kiss of Death. Ma philosophie, c’est que pour être libre tu dois accepter. Pour le bien, c’est facile. Mais pour le mal, c’est moins évident. Donc voilà… En acceptant tout ce qui est dégueulasse, mort et violence, je m’en libère. C’est ça, la liberté. J’ai aussi le mot « Skateboard » tatoué sur le poignet, ainsi que cette phrase sur les côtes : « A man by himself is in a bad company ». Rah… ! SEX AND VIOLENCE.

Est-ce que les kids, fans de cascades et jeans serrés, acceptent le fait que tu boives très peu, parles gentiment et maîtrises les manuals aussi bien que les rails ?
Je ne sais pas trop ce que les kids pensent de moi. Je crois que je préfère un kid qui va me juger pour mon skate et pas pour mon attitude. J’ai toujours fait ça : séparer le skate de la vie, ça lui donne une dimension mystique où tu peux apprécier des rideurs comme Andy Roy, des vrais oufs dans la vie, mais sur leurs boards ils sont incroyables.

Fais voir ta board…
Je skate avec mon shape : une huit pouces avec un bon gros nose, du 54 mm et des Indys 149mm… Très classique.

Toujours des Indys ?
Oui, Monsieur ! Toujours des Indys !

On aurait pu croire que tu skates des boards plus larges…
Euh… Ouais, mais, en fait, huit pouces, ça me va pour l’instant. C’est vrai que la tendance chez certains pros US va vers le large.

Et avec Bastien qui skate une 8’5 ou 8’6 d’après la rumeur.
Pour l’instant, je reste sur une huit pouces. C’est un bon compromis. C’est marrant parce que les shops auxquels on proposait des huit pouces, il y a quelque temps refusaient sous prétexte que, eux, c’était « des petits shops avec une petite clientèle de kids qui skatent toujours les mêmes tailles », enfin tout un argumentaire dans ce genre-là. Et ben, ils rappellent et demandent des huit pouces. Les gars en ont marre de skater avec des petites boards étroites. Ça fait cagette pas solide. Tandis qu’à partir de huit pouces, tu as l’impression d’avoir une vraie board sous les pieds. Et puis, ça tient mieux pour tous les tricks, même les flips.

L’allusion à la cagette, c’est pour les boards faites en Chine.
Rah !… Un petit peu, aussi. C’est vrai que je suis assez écœuré de la globalisation du skate. Enfin, je veux parler de la globalisation industrielle du skate. Je ne suis pas certain que cela serve le marché. C’est clair que les boards arrivent moins chères. Mais est-ce qu’il y a plus de skateurs, en définitive ? Certes, c’est bien que les kids payent moins cher pour une board. C’est ce qu’il faut voir. Quand tu y penses, c’est vachement enrichissant de voir les choses par le côté business. C’est enrichissant parce que tu vois ce qui motive telle ou telle décision. Est-ce du pur business, du marketing ou dans l’intérêt des skateurs ? Encore une fois, il faut être dans le truc pour bien véhiculer une bonne image du skate et respecter certaines valeurs. Respecter le skate en tant que tel. Nous sommes là parce qu’on aime rouler et s’amuser avec les potes. Partager du bon temps en voyageant et en découvrant de nouvelles choses et au passage en progressant dans notre truc. C’est ça les valeurs du skate.

Si je demande à l’actionnaire d’Antiz Skateboards ce qu’il pense du skate en France et de l’état du marché, qu’est-ce qu’il va me répondre ?
Que comme dans tous les sports, tous les marchés, tous les business, il y a des cycles. Après dix ans au top, on est dans une période plus calme. Mais, pour la première fois, la période calme génère un business régulier et stable. C’est très réconfortant pour l’avenir. Ça veut dire qu’on est enfin sur une bonne base.

Le tout étant que l’on continue de développer les skateparks.
Oh, ça va… Avec Lille, Le Havre et tous les projets en cours, on a pas mal de bons spots qui ouvrent.

En parlant d’avenir, que nous réserve Antiz ?
Des tournées. Plein de tournées. En tout cas, c’est tout ce que j’ai envie de faire en ce moment. Je me suis calmé sur les contests. Je ne sais pas si c’est mon âge avancé. (rires)

Justement, est-ce que tu continues à courir dans les bois comme quand tu étais jeune ?

Hélas, mec quand tu es jeune t’as du temps à vraiment rien foutre alors tu fais plein de trucs comme courir dans les bois. Quand tu grandis, c’est plus difficile de tout gérer. Mais j’apprécie toujours autant d’aller à la campagne. Sentir l’herbe fraîche, les odeurs de la rivière… Bref, il n’y a rien de mieux…

Tu te sens vieux ?
Bof, non. Mais j’ai 28 ans et c’est vrai que j’ai fait pas mal de compètes. C’est plus trop le genre de choses qui me motivent. Je ne suis plus une « bête de contests ». Je suis plus partant pour une tournée entre potes.

Une tournée de Grands Ducs ?
Je ne bois pas des masses. Non, pour moi ce sera une tournée tout court. Skater des spots avec les gars. Filmer tranquille pour la prochaine vidéo.

Antizipated était une très très bonne vidéo, d’ailleurs…
Merci. C’est notre Paulo Labadie qui poussait les boutons, avec nous tous dans son dos. En fait on vivait pratiquement tous dans la même chambre pendant tout le temps du montage. Dix dans la même pièce ! L’animation du Hibou, c’était un pote qui l’avait faite. On avait tous trouvé ça cool. Voilà, ça s’est fait simplement.

Tu as une idée de ce que tu veux faire pour la deuxième ?
Non. On n’a pas de deadline. Pas de stress. On va skater et voir ce qu’il en ressort.

Voilà une fin d’interview en douceur. Tu veux ajouter quelque chose ?
Ah, les fins d’interview… Non, je n’ai pas de grandes pensées ni de grands messages. Si on pouvait juste dire qui sont mes sponsors ce serait bien.

On va se gêner !
Alors, je skate pour Vans, Carhartt, Antiz, Wall Street, Vestal et Von Zipper. (une voix derrière crie : « Et Prisu ! »). Ouais, non pas Prisu…

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3 Réponses to “HUGO LIARD interview”

  1. david bonature Says:

    hugo serait il bête ?

  2. Jérôme Says:

    Non et toi ?

  3. fmjtp Says:

    Good site!!!

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